Ils font Chavanon

Porteurs de projet, propriétaires riverains ou gestionnaires, acteurs locaux… : quelques portraits et visages démontrant la diversité des initiatives engagées pour un répondre à un objectif commun.





portrait

La promesse de l’herbe

ÉRIC JARASSE
ÉLEVEUR BOVINS À EYGURANDE

Paysan de père en fils, Éric Jarasse a fait évoluer sa pratique pour être plus autonome. Rencontre sur sa ferme à Eygurande, où une sortie sur la gestion des zones humides y était organisée mardi 13 octobre 2015.

Éric Jarasse élève 26 vaches mères et une vingtaine de génisses en pratiquant une gestion fine et ultra-maîtrisée des pâturages, ce qui lui permet d’avoir des charges réduites au maximum, un revenu décent et un impact positif sur l’environnement : achat de nourriture complémentaire minimal, frais vétérinaires réduits et zéro produits chimiques. « J’ai toujours cru à l’herbe » raconte cet agriculteur de 46 ans. Pourtant au départ, il avoue qu’il n’avait aucune connaissance en pâturage. En 1993, quand il reprend la ferme familiale de veaux de lait après son BEP agricole à Neuvic, il réoriente la production vers le bovin lait. En effet, son père faisait du veau avec des races laitières mais ce système ne répondait pas au cahier des charges du nouveau label « Veaux fermiers Limousin » qui oblige à élever des Limousines (race à viande). En outre, la ferme se situe sur un secteur bien desservi pour la collecte du lait. En 1998, il a l’opportunité de louer 10 ha de plus. La ferme atteint alors 43 ha, ce qui lui permet d’augmenter son troupeau et son quota laitier. Mais il constate que son système n’est pas optimisé.

«  Je produisais un foin de mauvaise qualité et je n’avais pas assez d’herbe pour faire pâturer le troupeau ensuite ». Un voisin de Lamazière-Haute, adhérent à l’Adapa, lui propose de participer à une sortie sur la gestion de l’herbe. « J’ai compris que je n’avais pas de repères sur le cycle de l’herbe, que je ne savais pas l’utiliser correctement ». En 2005, il rejoint l’association et acquière rapidement de nouvelles connaissances qu’il met ensuite en pratique. « Cette remise en question de l’exploitation, ce n’est pas facile à réaliser seul, c’est important d’être en groupe » confie Eric, qui a traversé au début une période de doute. Il commence à mettre en place un pâturage tournant sur ses 33 ha de prairies. Le secret de cette pratique ? Diviser les parcelles en paddocks de 1 à 2 ha avec  beaucoup de bêtes pendant 2 ou 3 jours, et environ 35 jours entre deux passages de bêtes. Au début, ce n’est pas évident de dimensionner les paddocks, mais une fois rôdé, c’est une pratique très facile qui fonctionne bien.

Obliger les bêtes à manger ce que l’on veut qu’elles mangent

« Au départ, je ne tenais pas compte des zones humides » avoue Éric. Mais très vite, il s’aperçoit que sa nouvelle méthode améliore la diversité de la flore et que cela se traduit sur la quantité et la qualité de son lait. Convaincu que « la prairie a un pouvoir énorme si elle est bien exploitée », il étend cette pratique en 2010 sur ses 8 ha de zones humides et observe le même résultat. En effet, la pratique des pâturages tournants permet notamment de supprimer les zones qui, avant, n’étaient pas broutées parce que l’herbe y est moins appétente, de casser le cycle de parasitisme, étaler la période de fenaison… « Il faut obliger les bêtes à manger ce que l’on veut qu’elles mangent. Au début il faut les habituer, éduquer les jeunes ». Le résultat en vaut la peine. Aujourd’hui, Eric Jarasse est fier de se passer de pesticides et d’engrais azotés, et d’acheter un minimum de compléments. De plus, il n’a rencontré aucun souci pendant la sécheresse cet été, préserve les milieux aquatiques… et tout cela sans investissement ! Le comptable s’intéresse à son coût de production et le technicien laitier est impressionné… les pratiques alternatives commencent à convaincre !

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